Chemin de Croix

Un article, sur le journal L’ Essentiel de février 2017,  de notre curé le chanoine Paul Frochaux
sur le chemin de croix de notre église.

 

La paroisse du Christ-Roi a été fondée en 1947 ; sept ans plus tard, le 24 avril 1954, la nouvelle église était consacrée. La volonté des bâtisseurs était de conférer une grande unité artistique à l’édifice. Les premières œuvres qui ornèrent la nouvelle église furent le chemin de croix d’Armand Niquille en 1955 puis, en 1957, le monumental Christ en croix de l’artiste d’origine catalane Apel.les Fenosa. Armand Niquille et Appel.les Fenosa furent choisis par l’architecte Denis Honneger : ce sont les seules commandes de la première étape du chantier.

Le mystère de la croix a été d’une immense importance dans la vie de Niquille. En dehors de ses chemins de croix, on trouve de très nombreuses œuvres évoquant ce mystère. Laissons l’artiste s’exprimer à ce propos :

Mon enfance a été ainsi marquée par le Crucifié dont le mystère, fascinant et inquiétant, faisait partie des émois d’un garçon rêveur et bagarreur. Ce n’est pas impunément que l’on représente le Christ crucifié. L’on se pose des questions. On se plonge dans la mystique chrétienne […]. Avec le Christ, il y a toujours la croix. La croix de notre rédemption et de la divinisation de notre âme1.

Dans nos églises, les chemins de croix racontent en quatorze stations les étapes subies par le Christ depuis la condamnation à mort par Ponce Pilate jusqu’à la mise au tombeau. Huit stations s’inspirent des évangiles : la condamnation à mort (1), le portement de croix (2), l’aide de Simon de Cyrène (5), la rencontre avec les femmes de Jérusalem (8), le dépouillement des vêtements (10), la crucifixion (11), la mort de Jésus (12) et la mise au tombeau (14). Six stations s’inspirent des évangiles apocryphes : les trois chutes de Jésus (3, 7, 9), la rencontre avec Marie (4) et avec Véronique (6), Marie tenant dans ses bras son fils mort, la pietà (13).

Après avoir réalisé un chemin de croix pour l’église de Fétigny en 1954, l’architecte Honneger proposa donc à Niquille de réaliser celui du Christ-Roi. Il devait être inséré dans le mur de béton et se présenter de manière dépouillée comme une succession d’icônes. Les fonds de chaque station sont dorés et polis à l’agathe comme le sont souvent les icônes byzantines ou de nombreux tableaux médiévaux. Le fond d’or permet aux personnages de se détacher nettement, favorisant ainsi la lecture du tableau ; l’or représente la gloire de Dieu, la lumière céleste et la perfection. On retrouve dans nos quatorze stations cette double dimension des ténèbres qui n’empêcheront pas la gloire divine de l’emporter. Ainsi, la lumière de la résurrection est déjà présente tout au long du chemin de croix.

Niquille a volontairement dépouillé chacune des scènes y mettant peu de personnages : le plus souvent trois dont le Christ, pour douze d’entre elles ; quatre pour la dernière station, deux enfants s’ajoutent aux deux femmes de Jérusalem. Les personnages ont une attitude hiératique et en même temps expressionniste ; en revanche, le visage du Christ est presque toujours le même. L’historien Aloys Lauper note que la silhouette des personnages devait rester lisible dans la pénombre du soir : « Les dimensions restreintes du cadre défini par l’architecte l’obligèrent à souligner les lignes, à théâtraliser les attitudes, à raidir les formes et à exagérer certains détails, comme ces yeux exorbités qui ont parfois choqué »2. Certains personnages portent des vêtements contemporains tels que Simon de Cyrène, Véronique, les femmes de Jérusalem et leurs enfants. Saint Jean au pied de la croix porte comme un prêtre l’aube, la chasuble et l’étole, il a dans les mains un calice. Dans la treizième station, un prêtre en soutane est agenouillé, mains jointes. La présence de ce prêtre comme les habits sacerdotaux et le calice que porte saint Jean soulignent l’importance du sacerdoce pour Niquille.

Dès la deuxième station, le sol est jonché de cailloux exprimant la dureté du chemin. Aux douzième et treizième stations, les cailloux demeurent en même temps que des fleurs sont en train d’éclore au pied de la croix et, à la dernière station, c’est même un bouquet de fleurs qui est déposé sur le tombeau. On retrouve quatre fois la figure de Marie. Dans la quatrième station, elle exprime sa tristesse par des larmes. De l’autre côté Marie-Madeleine reconnaissable à ses cheveux déployés est celle qui se tiendra aussi au pied de la croix et qui sera la première dépositaire de l’annonce de la Résurrection. Dans la douzième station, Marie est dans la contemplation du mystère. Dans l’avant-dernière station, elle tient son fils debout comme on le voit dans certaines mises au tombeau médiévales, des larmes coulant à nouveau sur son visage. On la retrouve dans la dernière station, remplie d’une paix profonde, les yeux ouverts regardant plus haut comme pressentant déjà la gloire de la résurrection. On notera la forme des plaies très marquées en forme de losange.

Luc-François Dumas termine son article dans La Liberté en disant : « Lorsque vous sortirez, retournez-vous et voyez : l’église a sué ces gouttes d’or. C’est le mystère de la passion du Christ »3.

1 Armand Niquille, Des réalités aux symboles et aux images de la foi, Éditions Fragnière, Fribourg, p. 144.

2 Patrimoine fribourgeois n° 10, L’église du Christ-Roi, p. 53.

3 Luc-François Dumas dans La Liberté du 15 janvier 1956.

Photos du livre “Lumière d’Or, de Bronze et d’Argent” Les œuvres d’art de l’église du
Christ-Roi Fribourg (Suisse) par Laurent Passer

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