Très cher Pierre,
« Mes plus beaux dons je les dissimule, mes meilleurs biens je les enfouis".
Oui, très cher Pierre, ces mots de Reverdy, ils me viennent spontanément à l’esprit en m’adressant une nouvelle fois à toi. Ce n’est pas la première fois, ce n’est pas la dernière fois, parce que tu le sais, le cœur des vivants est le vrai tombeau des morts et aussi parce qu’à chaque fois que nous penserons à toi, tu seras là, même mieux qu’autour de la table du Conseil paroissial, où nous avons eu l’honneur et le bonheur d’être à tes côtés, où j’ai eu l’honneur et le bonheur d’être avec toi.
Oui, tes plus beaux dons, tu les dissimulais parfois sous un silence approbateur ou réprobateur, ou par un fin sourire, ou encore par un propos souvent catégorique ou définitif – les journalistes et certains politiques avaient ta préférence - et toujours serein. Mais je savais combien ton cœur, dont tu nous parlais souvent comme un rescapé parle d’un naufrage, en nous détaillant toutes les interventions médicales et les soins dont il avait fait l’objet, je savais ce cœur généreux, ouvert et plein de bonté, noble et beau. Oui, très cher Pierre, noble et beau.
Et sans parler de ces dons, tu les mettais en pratique, dans ton activité professionnelle – je pense bien sûr à la Croix-Rouge Fribourgeoise et à l’accueil des requérants d’asile en particulier - , dans tes activités culturelles et musicales – je veux te remercier d’avoir fait danser le monde entier ici à Fribourg avec les RFI, comprenant avant tous les intellectuels de salon que notre monde est tissé des cultures des cinq continents et vraiment fraternel lorsque sont réunis dans la joie de la fête nos frères et sœurs en humanité.
Je pense que tu les mettais aussi en pratique dans ta famille mais il appartient à d’autres de le dire, à ton épouse, la douce, discrète mais toujours présente Nathalie, à tes fils François et Marc, à tes frères, avec qui nous partageons la peine de ta disparition à nos yeux mais la joie sereine et apaisée de te savoir auprès de notre Créateur commun.
Oui, tes meilleurs biens, tu les enfouissais parfois. Mais dans ton service paroissial, dans les si nombreuses activités et rencontres organisées et vécues au service du Christ-Roi comme à celui d’autres institutions, ces biens, ce bien, tu le faisais.
Et avec tous nos collègues conseillers paroissiaux d’hier et d’aujourd’hui, - tu en as connu beaucoup depuis 1978, année au cours de laquelle tu entras au Conseil paroissial avant d’en être le vice-président dès 1981 – je peux en témoigner.
Généreux et juste, toujours prêt à nous rappeler que cette Paroisse n’avait rien à craindre en se montrant généreuse avec les toutes les causes, toutes les personnes qui avaient besoin d’aide, ici ou ailleurs. Là aussi, pas de grand discours, des actes, des décisions. Tu te souviens, très cher Pierre, lorsque d’un seul regard échangé, complice, nous avions décidé de prendre à la charge de la Paroisse la pension d’un prêtre étranger par le passeport mais pas à notre cœur, définitivement ?
Je pourrais longuement rappeler tes talents légendaires d’organisateur et tous les évènements que tu as contribué à mettre sur pieds: pas une fête paroissiale, une visite papale, un jubilé réussi sans ta contribution, génial et calme metteur en scène, réglant le ballet du service et l’arrivée des plats ou le déroulement général comme une valse, t’investissant personnellement et avec ta famille et tes amis dans les préparatifs toujours précis. Je veux te redire aussi merci pour tout cela, qui n’est pas rien dans la vie d’une personne comme dans celle d’une paroisse.
Très cher Pierre,
j’ai déjà pu te dire notre reconnaissance face à face, à deux reprises au moins, lors de l’octroi de la distinction pontificale Pro Ecclesia et Pontifice et plus récemment lors de la fête de tes 75 ans. Et je suis vraiment heureux d’avoir pu le faire de ton vivant terrestre car l’on ne dit jamais assez à ceux que l’on aime ou que l’on apprécie qu’on les aime et qu’on les estime. Aujourd’hui, je te le redis, avec nos collègues du Conseil, avec Jean-Denis, Alphonse et Noémie, avec les collaboratrices et collaborateurs du Christ-Roi, Mireille, Rachel, Patricia, Léon et Paul, avec la belle cohorte de tous ceux qui t’ont connu et apprécié.
On croit parfois que tout est fini, mais alors il y a toujours un rouge-gorge qui se met à chanter. Et ce chant, tu l’entends certainement. Pour te rejoindre, il nous faudra quitter le pays mystérieux des larmes et emprunter la route à l’aube, entre ses deux rangées d’arbres, cette route toute fraîche, toute vivante, car elle est l’Espérance.
Très cher Pierre,
il me faut maintenant te quitter, oh pour un temps seulement. Et tu n’aimais pas les longs discours.
Il y a quelques semaines, te visitant, avec Alphonse, à Billens, je t’avais trouvé apaisé, calme, en bonne forme, comme autrefois et comme ta santé te le permettait, même si j’avais senti un certain détachement – tu étais prêt as-tu dit à certains ; et attendu sûrement. Nous avions alors parlé autour d’un verre, comme après les séances du Conseil où nous tentions de refaire un monde parfois vulgaire et laid. De cette dernière rencontre, je revois et je garde comme précieux souvenir ton visage, noble et beau. Ce jour-là, il était le visage de l’Eglise et de notre paroisse. |