Vie paroissiale

 

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Les déboires d'un ciboire

Un récit inédit de la part de notre Curé

 

 

Les déboires d'un ciboire

 

Jubilé à Lourdes avec le Pape Benoît XVI – Une expérience inoubliable

Un coup de téléphone, une demande et une suggestion du Secrétaire général du Sanctuaire de Lourdes, seulement quelques jours avant la messe du Pape : « Pourriez-vous nous faire parvenir le ciboire de votre paroisse du Christ-Roi pour la messe présidée par le Saint-Père à Lourdes, pour la fête de la Croix Glorieuse  ? Pourquoi ne nous l'amèneriez-vous pas ? Nous aimerions avoir un ensemble des œuvres de Goudji ; or il nous manque un ciboire».

Sans hésitation, avec le Conseil de paroisse, nous avons donné notre accord. Nous avons même proposé de prendre à notre charge le déplacement avec les assurances nécessaires, comme contribution à la visite du Pape. Finalement, la meilleure manière d'assurer la sécurité de son transport a semblé que votre Curé l'apporte lui-même ; et pour lui, c'était déjà une grâce en perspective. Les démarches ont été faites pour me libérer de mes obligations de ministère durant ces quelques quatre jours, et les assurances contractées pour parer aux risques de vol ou de dommages.

Le vendredi 12 septembre, messe célébrée tôt en notre chapelle Notre-Dame dans la solitude, avant de me diriger vers la gare avec l'objet précieux dans mes bagages. Quelques visages connus à saluer sur le boulevard de Pérolles, un souhait ou l'autre de bon voyage. Si moi, je n'avais pas trop d'avance, le train, lui, avait du retard, mais pas assez pour me faire rater le TGV pour Paris. Petite pause à Paris, à l'heure où le successeur de Pierre y était ; volonté de faire oraison entre deux gares et deux trains, dans une église ; celle-ci était fermée ; je me suis contenter du parc attenant, en ne me laissant par partir en extase, afin de surveiller notre trésor ! Poursuite du voyage et arrivée à Lourdes. Vu le monde, cela m'a paru plus rapide d'aller à pied jusqu'à la maison des chapelains, plutôt que de prendre un taxi. Vingt minutes plus tard, je me présentais à la porte du lieu de mon hébergement. Accueil chaleureux. Je déposais mes bagages dans la chambre en attendant d'avoir des précisions pour faire parvenir le ciboire à bon port. Ensuite, je me suis dirigé vers le sanctuaire, rejoignant la procession aux flambeaux. Je pensais qu'il était plus prudent d'aller jusqu'à la Grotte ce soir-là ; vu l'affluence attendue les jours à venir. J'ai dû déjà exercer la patience pour y parvenir ; la foule était déjà très nombreuse. Au milieu des pèlerins, deux hommes ont retenu mon attention. Chacun à sa manière exprimait son amour pour la Vierge : l'un en chantant le plus fort possible, mais malheureusement sa voix était fausse, et l'autre, plus discret dans sa voix et dans ses gestes, m'a impressionné par l'intensité de sa piété. En passant ma main contre le rocher, j'ai demandé à Marie, la force de la foi pour moi et pour ceux et celles qui me sont confiés. Ensuite je me suis mis au lit, après l'office des complies.

Le lendemain matin, magnifique eucharistie internationale à la Basilique Saint Pie X, avec déjà les chants de la messe du Pape. Selon les indications incertaines, j'emportais le ciboire dans mon sac à dos pour le déposer en lieu sûr à la sacristie Saint Pie X. En arrivant à la sacristie, on m'a averti qu'il ne fallait pas le laisser ici, mais le déposer à la sacristie Sainte Bernadette. On me proposait de le laisser dans mon sac pendant la messe. En insistant, j'ai fini par obtenir de le mettre dans le coffre pendant ce temps limité. Après la messe, nouvelle difficulté, on ne retrouvait pas le sacristain qui possédait la clef du coffre-fort ; la religieuse craignait d'ouvrir la porte qui donnait accès à la chambre où se situait le coffre, suspectant une imposture. Je me suis mis à la recherche du sacristain, dont je connaissais le nom, mais sans succès. Finalement, nous avons trouvé un autre employé qui détenait la bonne clé ; j'ai dû encore convaincre de mon honnêteté pour récupérer notre bien. En arrivant à Sainte Bernadette, l'église était fermée, la porte de la sacristie aussi, alors que l'on m'avait promis de retrouver quelqu'un. A force de chercher, je suis tombé sur un groupe d'hommes, mais pas à l'endroit exact, qui effectivement, m'attendaient. Et le ciboire fut mis en lieu sûr !

Nouvelle étape : trouver le Secrétaire général pour obtenir un badge et quelques indications sur la suite des opérations, car celui-ci n'avait pas été atteint sur son portable depuis mon arrivée. Après de nouvelles recherches, j'ai fini par le trouver me montrant la vérité de la parole de l'Évangile : «Qui cherche trouve !» Après ses remerciements, exprimés également au nom de Monseigneur Jacques PERRIER évêque de Tarbes et Lourdes pour notre généreux service, il m'a remis un petit carton orange, avec l'image du Pape. Cela devait suffire pour passer. En fait, la chose sera plus difficile. C'était sans compter avec les normes de sécurité qui ne dépendaient pas entièrement de lui, mais des ordres de la police.

Ces premières péripéties me permirent d'arriver tout juste pour le repas de midi à 12 h 30. Là quelques surprises m'attendaient : la présence de Monseigneur BURCHER qui était venu pour la conférence épiscopale des pays nordiques ; la Suisse semblant n'être représentée que par nous deux ; Monseigneur Léonard, évêque de Namur, venu il y a quelques temps à Fribourg pour la messe festive ; l'évêque du lieu que j'ai salué en lui signalant le motif de ma venue. Le repas entre évêques et prêtres et quelques laïcs fut très fraternel et le service tout empreint de cordialité.

Dans l'après-midi, j'ai voulu faire le chemin du jubilé. Les circonstances ont voulu que je l'accomplisse en sens inverse, et pas avec grand succès, puisque presque tous les lieux étaient fermés. Motif : sécurité, pour le Vicaire du Christ sur terre ! A un endroit, je n'ai pas pu poursuivre, apprenant que mon badge ne m'autorisait à entrer dans le sanctuaire que par la porte orange qui se trouvait à l'opposer. Arrivé à ladite porte, on me signale qu'il n'est pas possible de passer par cet endroit, sans un sur-badge que je ne possédais pas, toujours par mesure de sécurité. Je repars par l'entrée principale et me glisse, non par l'entrée des artistes, mais par l'entrée de Monsieur tout le monde, dans une foule abondante. J'y reconnais quelques visages. Je me blottis dans une foule compacte non loin de la Grotte , attendant plusieurs heures l'arrivée du Pape tout près des barrières où il doit passer en papamobile. C'est l'occasion de quelques échanges avec des français et d'apprécier la jeunesse féminine de Séville, qui, manifeste par le chant son enthousiasme de voir Benoît XVI de près ; certaines d'entre elles n'hésitaient pas à jouer des coudes espérant se frayer un passage vers la barrière, mais sans succès, la place étant entièrement occupée par des corps qui se juxtaposent. Les organisateurs tentent une mission impossible : faire régner un climat de prière. Nous pouvons suivre l'arrivée du Souverain Pontife sur grand écran, avec ses haltes de prières et de chants. Le Saint Père arrive ! Ovation ! Portables et appareils photos qui cherchent une ouverture entre les parapluies qui essayent de protéger ceux qui se trouvent dessous ! Multitude de visages qui se tournent vers le Saint Père exprimant la catholicité de l'Église dans l'unité de la foi.

Le voyant arriver à la Grotte , je me fais cette réflexion : « Très Saint Père, vous pourriez faire la queue comme tout le monde ! Mais finalement heureusement que vous avez quelques avantages, l'attente sera moins longue ». Je reviens ensuite, rapidement vers la porte orange où je devrais pouvoir entrer pour la procession aux flambeaux, sans être trop loin du Pape, prévoyant souper tardivement. Mais à la porte orange, nouveau refus, pas possible de passer sans sur-badge. Proposition du service de sécurité de faire passer le mot aux confrères, signalant que les indications données par l'évêque du lieu, sont contraires aux règles imposées par les chefs de la police. Je me résigne à aller souper et me désespère de pouvoir approcher, ou pire de ne pas pouvoir célébrer la messe du lendemain, étant donné toutes ses contraintes. Je transmets les propos de la police à la maison des chapelains et me rends compte qu'il est peu probable que j'obtienne le sur-badge désiré, me facilitant l'accès aux sites où se trouvera le Pape et, à plus fortes raisons d'être avec les chapelains de Lourdes pour la concélébration, comme cela nous avait été promis avant mon départ de Fribourg. Je me plains intérieurement au Bon Dieu, lui disant que s'Il voulait, Il pouvait, que s'Il ne voulait pas, je ne lui en tiendrais pas rigueur et offrais cette contrariété pour le ministère de Pierre. Excellente occasion de mettre en application ce que j'enseigne : le détachement en toutes circonstances

Au souper, me trouvant à table à côté de Monseigneur BUERCHER, il me propose de me passer son badge d'évêque pour accéder au parvis supérieur de la Basilique ou se tiendra le Pape, lui n'ayant pas l'intention d'aller à la procession.

Je lui promets, en riant de ne pas garder son badge pour la messe, et nous convenons de la manière de lui restituer ce laisser-passer. Arrivant avec le badge de notre ancien évêque auxiliaire, je le présente ; dans un premier temps on me repousse ; ce badge n'est pas suffisant. Je m'adresse à la même femme de la sécurité, avec laquelle j'avais parlé l'après-midi, et lui dis tout de go que j'ai le badge de mon ancien évêque et qu'on refuse de me laisser entrer. Alors que faut-il avoir pour passer ? Gentiment, elle vérifie dans sa liste, s'aperçoit que l'on doit me laisser entrer et fait en sorte de m'ouvrir l'accès. J'aurai l'occasion de la remercier encore le dimanche en passant pour la messe. Même pour être près du Pape, je n'aurais pas menti en donnant une fausse identité.

C'est ainsi que je me retrouve au beau milieu des évêques tout près du Pape, sous une pluie battante et dans une acoustique défectueuse qui me rend difficile la compréhension de l'intervention du Serviteur des serviteurs de Dieu. Mais à quelques vingt mètres de cet homme en blanc qui transpire la présence de Dieu, le moment est émouvant. Et c'est déjà l'heure d'aller se coucher. Quelle sera la journée de demain ? Je l'ignore, Dieu le sait !

Lever aux aurores ; il est conseillé d'être plus de deux heures avant la messe à la porte magique orange, pour être dirigés vers quelle destination ? Avec le badge orange, badge que je présente, on me laisse passer avec l'indication sacristie Sainte Bernadette. Un évêque me suit hésitant sur le lieu de la sacristie ; je me propose de le conduire. Cependant après un bout de chemin, il n'est plus au clair sur le chemin que nous prenons. C'est là que je m'aperçois que nous n'avons pas la même sacristie comme lieu d'aboutissement. Nous rebroussons chemin et je l'accompagne jusqu'à sa sacristie. L'on m'invite à rester là et à m'habiller en chasuble rouge avec les évêques et les chapelains de Lourdes. Le Secrétaire de la conférence épiscopale de l'Afrique de l'ouest arrive au même lieu avec moi, avec la même inquiétude que moi d'être repoussé au moment de pénétrer sur la prairie, étant donné que nous n'avons pas le sur-badge comme les autres. Nous sympathisons, nous plaisantons : «Notre badge n'est pas rouge : ça ne sera pas l'expulsion !» Et nous prenons le risque, avec les encouragements des chapelains. Ça passe ! Nous sommes heureux ! Mais arrivés devant le podium, le recteur des chapelains réserve aux seuls chapelains de monter sur le podium. Nous sommes recalés avec les autres prêtres, mais assez bien placés sur la gauche face à l'autel. Cela me permet d'avoir un œil sur notre ciboire qui est bien visible à mon regard.

La messe se déroule, splendide à tout point de vue, sous un soleil radieux qui va progressivement se voiler. La musique de qualité, l'homélie du saint Père profonde et proche des fidèles.

« L'Église nous invite à élever avec fierté cette Croix glorieuse pour que le monde puisse voir jusqu'où est allé l'amour du Crucifié pour les hommes.

Le signe de la Croix est en quelque sorte la synthèse de notre foi, car il nous dit combien Dieu nous a aimés ; il nous dit que, dans le monde, il y a un amour plus fort que la mort, plus fort que nos faiblesses et nos péchés. La puissance de l'amour est plus forte que le mal qui nous menace.

Marie nous invite tous les hommes de bonne volonté, tous ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps, à lever les yeux vers la Croix de Jésus pour y trouver la source de la vie, la source du salut.

Saurons-nous comprendre que dans le Crucifié du Golgotha c'est notre dignité d'enfants de Dieu, ternie par le péché, qui nous est rendue ?  

Aujourd'hui, Marie vient à notre rencontre pour nous indiquer les voies d'un renouveau de la vie de nos communautés et de chacun de nous. En accueillant son Fils, qu'elle nous présente, nous sommes plongés dans une source vive où la foi peut retrouver une vigueur nouvelle, où l'Église peut se fortifier pour proclamer avec toujours plus d'audace le mystère du Christ.  

Bernadette est l'aînée d'une famille très pauvre, qui ne possède ni savoir ni pouvoir, faible de santé. Marie l'a choisie pour transmettre son message de conversion, de prière et de pénitence, conformément à la parole de Jésus : «Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits» (Mt 11, 25)  

Marie est cette femme de notre terre qui s'est remise entièrement à Dieu… Elle est la beauté transfigurée, l'image de l'humanité nouvelle. En se présentant ainsi dans une totale dépendance de Dieu, Marie exprime en réalité une attitude de pleine liberté, fondée sur l'entière reconnaissance de sa véritable dignité. Ce privilège nous concerne nous aussi, car il nous dévoile notre propre dignité d'hommes et de femmes, marqués certes par le péché, mais sauvés dans l'espérance, une espérance qui nous permet d'affronter notre vie quotidienne.

C'est la route que Marie ouvre aussi à l'homme. S'en remettre pleinement à Dieu, c'est trouver le chemin de la liberté véritable. Car, en se tournant vers Dieu, l'homme devient lui-même. Il retrouve sa vocation originelle de personne créée à son image et à sa ressemblance.

Marie vient nous rappeler ici que la prière, intense et humble, confiante et persévérante, doit avoir une place centrale dans notre vie chrétienne. La prière est indispensable pour accueillir la force du Christ.

Lorsque Marie a reçu la visite de l'ange, c'était une jeune fille de Nazareth qui menait la vie simple et courageuse des femmes de son village. Et si le regard de Dieu s'est posé de façon particulière sur elle, en lui faisant confiance, Marie peut vous dire encore qu'aucun de vous n'est indifférent à Dieu. Il pose Son regard aimant sur chacun de vous et vous appelle à une vie heureuse et pleine de sens. Ne vous laissez pas rebuter par les difficultés ! Marie fut troublée à l'annonce de l'ange venu lui dire qu'elle serait La Mère du Sauveur. Elle ressentait combien elle était faible face à la toute-puissance de Dieu. Pourtant, elle a dit « oui » sans hésiter. Et grâce à son oui, le salut est entré dans le monde, changeant ainsi l'histoire de l'humanité. À votre tour, chers jeunes, n'ayez pas peur de dire oui aux appels du Seigneur, lorsqu'Il vous invite à marcher à sa suite.

Dans le silence de la prière, que Marie soit votre confidente, elle qui a su parler à Bernadette en la respectant et en lui faisant confiance. Que Marie aide ceux qui sont appelés au mariage à découvrir la beauté d'un amour véritable et profond, vécu comme don réciproque et fidèle ! À ceux, parmi vous, que le Seigneur appelle à sa suite dans la vocation sacerdotale ou religieuse, je voudrais redire tout le bonheur qu'il y a à donner totalement sa vie pour le service de Dieu et des hommes. Que les familles et les communautés chrétiennes soient des lieux où puissent naître et s'épanouir de solides vocations au service de l'Église et du monde !

Heureux les hommes et les femmes qui mettent leur confiance en Celui qui, au moment d'offrir sa vie pour notre salut, nous a donné sa Mère pour qu'elle soit notre Mère !

Que Marie soit pour tous la Mère qui entoure ses enfants dans les joies comme dans les épreuves ! Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers le règne de ton Fils Jésus ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route !» [La dignité d'hommes et de femmes sauvés dans l'espérance], (S.S. Benoît XVI, Homélie du 150 e anniversaire des apparitions de Lourdes)

Au moment de l'offertoire, les prêtres reçoivent dans leurs mains une coupe avec des hosties à consacrer, afin d'apporter rapidement la communion aux fidèles le moment venu. Je passe plusieurs coupes à des confrères, mais me retrouve sans coupe. Notre ciboire est apporté à l'autel. Au moment de la communion, le Pape s'en saisit pour la donner à un certain nombre de personnes des communautés religieuses de Lourdes. Je communie en même temps, vais me recueillir à une place, me propose de prendre une photo du ciboire entre les mains du Pape, mais le chandelier des servants le cache à l'objectif. J'ai l'opportunité de me déplacer un peu et fais quelques photos avec mon portable. A ce moment-là, un prêtre appelle des prêtres qui ont déjà communié. Nous apprenons qu'il faut apporter la communion aux fidèles groupés en masse sur la place devant la Basilique du Rosaire. Nous partons au pas de charge. Il est inconcevable que les fidèles soient privés de l'Eucharistie en cette circonstance, parce que leur nombre a dépassé les espérances des organisateurs. La distribution de la communion est impressionnante, non seulement par la quantité des fidèles, mais aussi par leur avidité à être nourris du Corps du Christ. Cela dure. Je fais une brève interruption durant la bénédiction papale, avec indulgence plénière et reprends la distribution de l'eucharistie.

Retour vers le podium, en compagnie d'un évêque qui pensait faire le sacrifice de sa mître, comme moi de ma jaquette, restée sur ma chaise. Nous arrivons vers le podium, l'évêque regagne son siège et je me retrouve devant le barrage de sécurité ; me rendant compte que la place n'est pas tout à fait ce qui convient, je me glisse entre les tables ayant servies avant l'offertoire à abriter les plateaux d'hosties et le podium, lieu un peu plus discret. Je me retrouve à la hauteur des trois prêtres âgés, en chaises roulantes. Le Pape descend les marches du podium et se dirige vers nous. Je me propose de prendre une photo, mais le temps est trop court et je me rends compte que le Saint Père s'avance vers ces prêtres handicapés. Il se rend vers eux avec beaucoup de compassion et me salue cordialement en me donnant la main que j'accueille avec respect et reconnaissance. J'y vois la bienveillance de la Providence divine, rejoignant par ce geste paternel mon désir de fidélité absolue au siège de Pierre. C'est une grâce qui rejaillira sans aucun doute sur la communauté du Christ-Roi et, toute notre Unité pastorale. C'est un clin d'œil de Marie.

Le retour se fait par la Grotte qui est silencieuse et, pour l'instant sans pèlerin. Je demeure un bon moment en prière dans la calme le plus profond, avant d'aller retirer mes vêtements liturgiques. Je poursuis ma prière de l'office dans l'église, toujours dans un profond recueillement, loin de toute agitation. Je profite en sortant de prendre de l'eau de Lourdes que j'emmènerai pour le retour.

J'arrive avec un peu de retard pour le repas et me retrouve en compagnie de l'équipe des responsables des bénévoles de la manifestation. Échange profond, loin de toute superficialité sur les thèmes essentiels de la vie de l'Église et des enjeux éthiques de notre société. Monseigneur BURCHER nous rejoint pour le café. Après son départ, l'un des Messieurs me dit combien il trouve cet évêque rayonnant.

L'après-midi, je me présente à la fameuse porte orange, pour accéder à la prairie, pour l'adoration du Saint Sacrement. On m'indique non pas d'entrer dans la Basilique pour m'habiller, mais de faire le tour par l'extérieur. Passant devant les fontaines, je tente de passer vers la sacristie, dans laquelle je m'étais habillé le matin ; la porte de secours était ouverte. Je m'adresse au sacristain pour savoir s'il est possible d'être en aube et étole pour l'adoration. Il me répond que les chapelains vont arriver pour se préparer et que je peux m'habiller. J'attends en prière que tous soient prêts et nous partons. Mais surprise, en arrivant au poste frontière, il semble qu'il faut le sur-badge (encore lui) et je suis le seul avec un chapelain qui l'a oublié à ne pas le posséder. Je demande s'il faut poser la question de ma possibilité de passer le barrage. On me répond : «Ne dites rien !» Le moment du contrôle arrive, je me cache derrière un plus petit que moi et passe sans problème avec tout le monde, montant aussi sur le podium où il n'y a encore personne, à part le groupe des chapelains, les évêques étant devant, dans l'assemblée.

Nouveau moment émouvant : un prêtre arrive avec le Saint Sacrement et bénit les malades. Il expose l'Eucharistie. La grande foule demeure en silence. Et c'est dans ce climat d'adoration silencieuse que le Pape s'approche de Jésus et s'agenouille. Il entre lui-même dans cette contemplation. Seule une petite fille, sur le podium, vient rompre ce silence. Elle fond en larmes, elle veut retrouver sa maman. Deux chapelains la prennent en charge avec une grande tendresse, mais rien à faire, elle est inconsolable. On se résout à la conduire auprès de sa maman. Pendant ce temps, le Pape nous guide dans la prière d'adoration : «Seigneur Jésus, tu es là !

Et vous, mes frères, mes sœurs, mes amis, Vous êtes là, avec moi, devant Lui !

Seigneur, voici deux mille ans, tu as accepté de monter sur une Croix d'infamie pour ensuite ressusciter et demeurer à jamais avec nous (...) tes frères, tes sœurs !

Et vous, mes frères, mes sœurs, mes amis, Vous acceptez de vous laisser saisir par Lui.

Nous Le contemplons.

Nous L'adorons.

Nous L'aimons. Nous cherchons à L'aimer davantage.

Nous contemplons Celui qui, au cours de son repas pascal, a donné son Corps et son Sang à ses disciples, pour être avec eux «tous les jours, jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 20).

Nous adorons Celui qui est au principe et au terme de notre foi, Celui sans qui nous ne serions pas là ce soir, Celui sans qui nous ne serions pas du tout, Celui sans qui rien ne serait, rien, absolument rien ! Lui, par qui « tout a été fait » (Jn 1, 3), Lui en qui nous avons été créés, pour l'éternité, Lui qui nous a donné son propre Corps et son propre Sang, Il est là, ce soir, devant nous, offert à nos regards.

Nous aimons - et nous cherchons à aimer davantage - Celui qui est là, devant nous, offert à nos regards, à nos questions peut-être, à notre amour…

  … L'Hostie Sainte exposée à nos yeux dit cette Puissance infinie de l'Amour manifestée sur la Croix glorieuse. L'Hostie Sainte nous dit l'incroyable abaissement de Celui qui s'est fait pauvre pour nous faire riches de Lui, Celui qui a accepté de tout perdre pour nous gagner à son Père. L'Hostie Sainte est le Sacrement vivant, efficace de la présence éternelle du Sauveur des hommes à son Église.


Mes frères, mes sœurs, mes amis,

Acceptons, acceptez de vous offrir à Celui qui nous a tout donné, qui est venu non pour juger le monde, mais pour le sauver (cf. Jn 3, 17), acceptez de reconnaître la présence agissante en vos vies de Celui qui est ici présent, exposé à nos regards. Acceptez de Lui offrir vos propres vies !

Vierge sainte, aidez-nous à contempler, aidez-nous à adorer, aidez-nous à aimer, à aimer davantage Celui qui nous a tant aimés, pour vivre éternellement avec Lui.
Une foule immense de témoins est invisiblement présente à nos côtés…

La foule de tous ceux et de toutes celles qui ont contemplé, vénéré, adoré, la présence réelle de Celui qui s'est donné à nous jusqu'à sa dernière goutte de sang ;
la foule de tous ceux et de toutes celles qui ont passé des heures à L'adorer dans le Très Saint Sacrment de l'autel.

Nous ne les voyons pas, mais nous les entendons qui nous disent, à chacun et à chacune d'entre nous : «Viens, laisse-toi appeler par le Maître ! Il est là ! Il t'appelle (cf. Jn 11, 28) ! Il veut prendre ta vie et l'unir à la sienne. Laisse-toi saisir par Lui. Ne regarde plus tes blessures, regarde les siennes. Ne regarde pas ce qui te sépare encore de Lui et des autres ; regarde l'infinie distance qu'Il a abolie en prenant ta chair, en montant sur la Croix que Lui ont préparée les hommes et en se laissant mettre à mort pour te montrer son amour. Dans ses blessures, Il te prend ; dans ses blessures, II t'y cache (...), ne te refuse pas à son Amour !».

Restez en silence, puis parlez et dites au monde : nous ne pouvons plus taire ce que nous savons. Allez dire au monde entier les merveilles de Dieu.»

[Méditation du Pape Benoît XVI pour la procession eucharistique sur la Prairie à Lourdes.

Dieu n'est pas venu juger le monde, mais le sauver par l'amour]

Le Pape entre à nouveau dans le silence avec toute l'assemblée. Je me dis en regardant Jésus et en le regardant regarder Jésus : « Quel échange l'Esprit-Saint opère-t-il entre Jésus et cet homme qui doit confirmer ses frères dans la foi ? » Cela reste le secret de Dieu ! La bénédiction du Saint Sacrement est donnée et l'ostensoir est ramené dans le tabernacle. Moment de grâce, moment de beauté ! En conclusion, le Pape est acclamé dans une joie reconnaissante.

En rentrant pour retirer mes vêtements liturgiques, je rencontre Monseigneur BUERCHER. Nous prions l'Angélus devant la Grotte. Je remplis ma nouvelle bouteille d'eau de Lourdes, qui remplacera dans mes bagages le ciboire, puisque nous nous sommes accordés pour le laisser à son auteur pour le restaurer et faire graver l'événement de ce jour.

Le retour se fera sans péripétie, sauf le retard des trains et sans surveillance particulière sur l'eau de Lourdes comme ce fut le cas pour notre ciboire à l'aller.

Deo gratias. Amen. Alléluia !

 

Abbé Jean-Pascal VACHER , Curé

Répondant du Christ-Roi

 

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