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Le mercredi fut consacré
à l'audience ainsi qu'à la visite de la Cité
du Vatican.
Lors de l'audience le Saint Père
s'est adressé aux pèlerins de langue française:
Le Christ fut
engendré avant toute créature il est le premier-né
de ceux qui ressuscitent d'entre les morts
Lecture: Col 1, 3.12-15.17
1. Nous venons d'entendre l'admirable
hymne christologique de la Lettre aux Colossiens. La liturgie
des Vêpres le propose pendant les quatre semaines au cours
desquelles elle se déroule et l'offre aux fidèles
comme un Cantique, en le présentant sous la forme que le
texte possédait peut-être dès ses origines.
En effet, un grand nombre de chercheurs considèrent que
l'hymne pourrait être la citation d'un chant des Eglises
de l'Asie mineure, inséré par Paul dans la Lettre
adressée à la communauté chrétienne
de Colosse, une ville alors florissante et peuplée.
L'Apôtre ne se rendit cependant
jamais dans cette grande ville de Phrygie, une région de
la Turquie actuelle. L'Eglise locale avait été fondée
par l'un de ses disciples, originaire de cette terre, Epaphras.
Ce dernier apparaît à la fin de la Lettre avec l'évangéliste
Luc, "le cher médecin", comme l'appelle saint
Paul (4, 14), et avec un autre personnage, Marc, "cousin
de Barnabé" (4, 10), peut-être le compagnon
homonyme de Barnabé et de Paul (cf. Ac 12, 25; 13, 5.13),
ensuite devenu évangéliste.
2. Puisque nous aurons l'occasion
de revenir à plusieurs reprises par la suite sur ce Cantique,
nous nous contentons à présent d'en offrir une vue
d'ensemble et d'évoquer un commentaire spirituel, élaboré
par un célèbre Père de l'Eglise, saint Jean
Chrysostome (IV siècle ap. J.C.), célèbre
orateur et Evêque de Constantinople. Dans l'hymne apparaît
la figure grandiose du Christ, Seigneur du cosmos. Comme la divine
Sagesse créatrice, exaltée par l'Ancien Testament
(cf. par exemple Pr 8, 22-31), "il est avant toute chose
et tout subsiste en lui"; ou encore, "c'est en lui qu'ont
été créées toutes choses, dans les
cieux et sur la terre" (Col 1, 16-17).
Dans l'univers se réalise
donc un dessein transcendant que Dieu accomplit à travers
l'oeuvre de son Fils. C'est également ce que proclame le
Prologue de l'Evangile de Jean, lorsqu'il affirme que "tout
fut par lui, et sans lui rien de ne fut" (Jn 1, 3). La matière,
avec son énergie, la vie et la lumière portent aussi
l'empreinte du Verbe de Dieu, "son Fils bien-aimé"
(Col 1, 13). La révélation du Nouveau Testament
jette une lumière nouvelle sur les paroles du sage de l'Ancien
Testament, qui déclarait que "la grandeur et la beauté
des créatures font, par analogie, contempler leur auteur"
(Sg 13, 5).
3. Le Cantique de la Lettre aux
Colossiens présente une autre fonction du Christ: Il est
également le Seigneur de l'histoire du salut, qui se manifeste
dans l'Eglise (cf. Col 1, 18) et qui s'accomplit dans le "sang
de sa croix" (v. 20), source de paix et d'harmonie pour toute
l'histoire humaine.
Ce n'est donc pas seulement le monde
qui nous entoure qui est marqué par la présence
agissante du Christ, mais également la réalité
plus spécifique de la créature humaine, c'est-à-dire
l'histoire. Celle-ci n'est pas en proie à des forces aveugles
et irrationnelles mais, malgré le péché et
le mal, elle est soutenue et orientée - par l'action du
Christ - vers la plénitude. C'est ainsi qu'au moyen de
la Croix du Christ, toute la réalité est "réconciliée"
avec le Père (cf. v. 20).
L'hymne trace ainsi une merveilleuse
fresque de l'univers et de l'histoire, en nous invitant à
la confiance. Nous ne sommes pas des grains de poussière
inutiles, dispersés dans un espace et un temps qui n'a
pas de sens, mais nous sommes partie prenante d'un projet sage,
jailli de l'amour du Père.
4. Comme nous l'avons annoncé,
nous donnons à présent la parole à saint
Jean Chrysostome, afin qu'il couronne cette réflexion.
Dans son Commentaire à la Lettre aux Colossiens, il s'arrête
longuement sur ce Cantique. Au début, il souligne la gratuité
du don de Dieu "qui nous a mis en mesure de partager le sort
des saints dans la lumière" (v. 12). "Pourquoi
l'appelle-t-il "sort"?", se demande saint Jean
Chrysostome, et il répond: "Pour montrer que personne
ne peut obtenir le Royaume par ses propres oeuvres. Ici aussi,
comme dans la plupart des cas, le "sort" a le sens de
"chance". Personne n'a un comportement qui lui permet
de mériter le Royaume, mais tout est don du Seigneur. C'est
pourquoi il dit: "Lorsque vous avez accompli toutes choses,
dites: Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce
que nous devions faire"" (PG 62, 312).
Cette gratuité bienveillante
et puissante réapparaît plus loin, lorsque nous lisons
qu'à travers le Christ ont été créées
toutes choses (cf. Col 1, 16). "De Lui dépend la substance
de toute les choses - explique l'Evêque. Non seulement il
les fit passer du non-être à l'être, mais c'est
aussi lui qui les soutient, si bien que si elles étaient
soustraites à sa providence, elles périraient et
se dissoudraient... Elles dépendent de lui: en effet, le
seul fait de pencher vers lui est suffisant à les soutenir
et à les renforcer" (PG 62, 319).
Ce que le Christ accomplit pour
l'Eglise, dont il est la Tête, est à plus forte raison
un signe d'amour gratuit. A ce point (cf. v. 18), explique saint
Jean Chrysostome, "après avoir parlé de la
dignité du Christ, l'Apôtre parle également
de son amour pour les hommes: "Il est la tête du corps,
la tête de l'Eglise", pour montrer son intime communion
avec nous. En effet, Celui qui est aussi élevé et
au-dessus de tous, s'est uni à ceux qui sont en bas"
(PG 62, 320).
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