Je
ne ménageais pas ma peine : à l'époque, comme curé-bâtisseur,
il ne s'agissait pas de perdre son temps en séances en vaine parlote
! Lors de la construction, de 1951 à 1953, je suis même monté
plusieurs fois sur les échafaudages et jusque sur le lanterneau,
avec ma soutane (de mon temps, on reconnaissait les prêtres !)
et mon chapeau. De là, je pouvais embrasser d'un seul regard et
l'église et le quartier qui en forme l'écrin.
Avec Denis Honegger et Emilio Antognini, architectes de grand
talent, qui ont véritablement créé un sanctuaire d'une qualité
rare, avec le Président Louis Dupraz, et tous leurs collaborateurs,
avec les maîtres d'état et les artisans, nous avons vraiment voulu
laisser à Fribourg un témoignage de l'art religieux du XXème siècle.
Y avons-nous réussi ? Il ne m'appartient pas de le dire, mais
vue de là-haut, je peux vous confirmer que le Christ-Roi a fière
allure !
J'ai encore eu le bonheur
de voir installer le chemin de croix d'Armand Niquille, si beau
que j'interdisais qu'on le touche même avec des doigts propres
alors que l'artiste invitait les paroissiens à le faire ! J'ai
vu aussi le grand crucifix de Fenosa, en 1957, d'une puissance
expressive presque inégalée. Vers ce Christ, à la fois souffrant
et déjà glorieux dans l'ascension vers le Ciel, toute l'architecture
de l'église conduit. Puis, en novembre 1959, j'ai quitté à regret
Pérolles et me suis retiré aux Sciernes d'Albeuve, où j'ai trouvé
le dernier repos terrestre.
Mes chers successeurs, Georges
Julmy, puis Marcel Sauteur, et Jean-Pierre Pittet, qui avait été
mon vicaire, ont continué de servir cette Paroisse, du mieux qu'ils
ont pu. L'église a été complétée par la construction des chapelles
et a reçu ses vitraux. Depuis là où je me trouve éternellement,
j'ai pu appré-cier les œuvres de Strawinsky, si cohérentes et
si bibliques, grâce au Cardinal Charles Journet que je rencontre
encore de temps à autre, même s'il préfère échanger avec Thomas
d'Aquin et Jacques Maritain, que l'on a regroupé dans le même
bâtiment. Les vitraux de Yoki, aux teintes si subtiles, et ceux
de Ber-nard Schorderet, aux lignes en cohérence parfaite avec
l'architecture inspirée d'Honegger, ont complété magnifiquement
l'œuvre entreprise.
Je regrette de ne pouvoir
dire à Goudji, qui vient de rejoindre la cohorte des grands artistes
et créateurs qui ont œuvré pour l'église du Christ-Roi, toute
l'admiration que les pièces d'orfèvrerie qu'il a créé pour ce
jubilé paroissial ont suscité en moi. Combien j'aurais été heureux
de pouvoir célébrer le Saint Sacrifice de la messe au moyen de
vases sacrées qui illustrent à la fois si parfai-tement et si
simplement la beauté qui sauve le monde ! Transmettez aussi mon
merci à Bernard Berthod, qui a permis, par ses travaux, que vous
puissiez connaître l'œuvre de Goudji.
Enfin, en vous remerciant
déjà d'avoir lu cette lettre, je voulais aussi vous dire confidentiellement,
cher Monsieur le Président, combien la paroisse du Christ-Roi
est tenue en haute estime là d'où je vous écrit. L'on m'a signalé
notam-ment la grande qualité du conseil paroissial actuel tout
comme celle des conseils antérieurs; concernant l'Abbé Alain de
Raemy, il est aussi très bien côté, ce d'autant plus qu'utilisant
souvent l'avion il est bien connu du Ciel, en tout cas bien plus
que ses confrères qui restent à terre. Bien sûr, tout n'est pas
parfait, il y a encore bien des choses à améliorer ou à changer
pour véritable-ment se revêtir du Christ. |